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Bastien Nozeran, le Mouvement Ă  l'Ă©tat Pur

27/05/2015
Bastien Nozeran, le Mouvement à l'état Pur

 


Bastien Nozeran. Un nom pour plusieurs métiers avec un dénominateur commun : la passion de la danse.


Formateur, chorégraphe, danseur interprète. 3 casquettes pour une personnalité toute en nuances. Bastien c’est le feu et la terre. L’énergie à l’état pur canalisée par cette force tranquille.


C’est à Bagnolet, dans le sud-est parisien, que nous nous retrouvons pour dresser un bilan de son parcours, de ses projets.



Myriam. Je crois savoir que tu es « un enfant de la danse » dans le sens où tu côtois cet élément depuis ta petite enfance …


Bastien. Ma mère est professeur de modern jazz. Elle a ouvert son école il y a bientôt 30 ans à Lézignan-Corbières. C’est à travers son enseignent, ses cours et ceux d’intervenants extérieurs que je découvre la danse. J'étais très jeune alors, c'est vrai ! Depuis, je danse.


Au moment de choisir une orientation, je me dirigerai pourtant vers des études d’ingénieur, dont je serai diplômé … mais même en poste, la danse fera toujours partie intégrante de mon quotidien de façon intense.


Si bien qu’au bout de 3 ans à porter la casquette d’ingénieur la semaine, et celle de danseur pendant mes temps libres … la danse devient une évidence, professionnellement parlant.


A cette époque je suivais les cours de Ray Morvan, qui venait intervenir à Lézignan-Corbières lorsque j’étais ado. C’est quelqu’un avec qui je continue à travailler, en tant que danseur interprète, pour sa compagnie L’As de Trèfle. Nous nous produisons actuellement, avec la création Racine.


Myriam. Ingénieur et danseur en semi-professionnel … c’était donc pour toi une période très intense j’imagine.


Bastien. C’est vrai, ma vie était extrêmement remplie. Je ne souhaite pas donner de détails sur l’ingénieur (très enrichissant cela dit), nous sommes ici pour parler danse ! A cette époque, il s’agit effectivement d’une activité que j’exerce en semi-professionnel, avec une part d’interprétation (scènes et festivals mais aussi mes débuts dans l’enseignement (stages et ateliers).


C’est à cette même période que je passerai mon DE (diplôme d’état qui permet d’enseigner la danse) à Montpellier.


Myriam. J’imagine qu’à un moment, il s’agit de faire un choix.


Bastien. En effet, et la vie me conforte dans la voie de la danse.


Le volet « enseignement » se concrétise par l’obtention du DE, temps de formation sur 2 ans, avec diplôme à la clé.


2002 est l'année où je commence vraiment à vivre de la danse, avec plusieurs  scènes, dont : 


    L’Opéra Háry János  au Corum du Festival Radio France Montpellier 


    L’Opéra Nabucco de G. Verdi  aux Arènes de Nîmes 


    Le Boléro de Béjart (figurant danseur), en Odyssud- Spectacles à Blagnac ...


En 2003  je m'installe à Paris et cet ancrage me permet de développer mon activité en tant qu'enseignant, avec des cours, des ateliers (enseignement métissé de jazz, hip hop, moderne, contemporain et « contact » ) ainsi que, toujours en parallèle, des expériences en compagnie. 


Myriam. Retiens-tu de cette période une expérience plutôt qu'une autre ? 


Bastien. Oui. En 2003, une expérience que je peux estampiller de "véritable tournant chorégraphique". Ce seront 4 années en immersion au sein de la compagnie Créacorsica, avec des temps de "résidences" afin de créer une pièce. 


La chorégraphe Pat'Obine travaille alors sur un projet de création : Neige Ecarlate


Une fois la création achevée, nous nous produirons pendant 3 ans, notamment en Corse. 


Myriam. Parle nous du travail de Pat'Obine, du comment tu as vécu cette expérience en immersion.


Bastien. Pat’Obine utilise comme méthodologie de travailler par tableaux, par résidence, par le mouvement libre. Si j’avais des bases en contact et de partenariat, le temps de résidence pour cette création a été extrêmement enrichissant dans ce domaine ; mais aussi humainement et artistiquement.


Ce qui est ressorti de cette expérience pour nous danseurs, c’est une notion de grande liberté dans la danse. Sans pour autant tomber dans l’anarchie…


Pat’Obine possède une approche chorégraphique et créative qui n’appartient qu’à elle, et extrêmement enrichissante. Elle a vraiment su trouver le juste milieu entre liberté et contraintes, afin que nous puissions explorer notre propre « palette chorégraphique » jusqu’au bout. Pour cela, il nous a été nécessaire de reprendre à la base les composantes du mouvement : l’espace (intérieur, scénique, etc), l’énergie (est ce que c’est léger est ce que c’est dense …)  et le temps (le rythme, la musique, les comptes).


Du coup, une porte s’est ouverte en moi avec Neige Ecarlate. Un porte coté « contact ».  Et au jour d’aujourd’hui je n’ai pas l’impression que la pièce dans laquelle j'ai pénétré ait des murs ! Enfin, disons que l’exploration de ce champ est loin d’être achevée. Et c’est une optique qui donne un sens profond à ma recherche chorégraphique.


Myriam. Merci pour le partage de cette création, j’ai passée 1h dans un autre univers. La création Neige Ecarlate est un condensé de beauté et de force, un « poème chorégraphique » où « Sept danseurs jaillissent du blanc et sur le blanc éclaboussent l’espace de vie et de liberté dans un va-et-vient instantané et inédit entre danseurs, création lumière et images foisonnantes réalisées en direct » ... A voir absolument !


As tu travaillé dans d’autres compagnies ?


Bastien. Oui : dans la compagnie de Dominique Lesdema en tant qu’assistant chorégraphe et danseur,  à partir de 2005. De cette collaboration  nait la création Equilibre, qui évoluera avec plusieurs équipes de danseurs, et que l’on emmènera jusqu’en Allemagne (2008).


En parallèle des compagnies, je fais des plateaux télé, événementiels, comédie musicale, etc …


En 2009  je me lance dans un projet de compagnie : Incidence. D’un travail en binôme nait Penta pour Initial Project Evénementiel. Je prends alors conscience de la nécessité d’une régularité quant au travail de compagnie ; et créé alors une nouvelle équipe qui dansera 612, 729 et 8XX.


En 2012, Incidence s’arrête, et je me recentre complètement sur l’enseignement pour apporter une plus grande cohérence entre la formation du danseur et son entrainement quotidien.


Myriam. Comment est née la compagnie PurE ?


Bastien. Il y avait en moi un embryon d’idée  pour PurE : la matière était là et l’expérience ainsi que  l’humain sont venus renforcer ces convictions. C’est à travers certaines de mes élèves, véritablement en adéquation avec le travail d’investigation chorégraphique que je propose, que j’ai pu trouver les danseuses - interprètes.


Finalement, PurE est née de façon très organique, avec en premier lieu l’envie de partager cette matière chorégraphique qu’apporte le contact.


Dès les premières séances de travail sont nées des esquisses de créations. Et c’est en voyant le résultat en scène 1, 2 puis 3 fois, que j’ai su qu’il y avait matière à un projet de compagnie. Finalement, c’est sur scène qu’est née PurE ; c’est là que j’en ai eu la vision. Et à ce stade, la synergie du groupe était déjà en route, humainement comme artistiquement.


Myriam. PurE, au jour d’aujourd’hui, c’est quoi ?


Bastien. 6 danseuses permanentes et une première création qui a commencé à se produire :  PurEmotion


Myriam. J’aimerai, afin de pouvoir mieux aborder cette création, comprendre sur quelles bases et techniques tu travailles. Tu parlais de contact … de quoi s’agit-il ?


Bastien. Il existe différents types de contact.


Techniquement, le contact passe par l’équilibration des tonus (principes révélés avec la chorégraphe Pat’Obine ; mis en pratique au fil de ma carrière et approfondis et nourris à travers les expériences avec mes partenaires).  En terme de création, il s’agit d’une recherche à deux ou plus, pour trouver un mouvement ensemble.


On se rapproche de la philosophie des arts martiaux par l’utilisation de l’addition des forces de chacun.


Les portés sont très présents en contact.


Le contact est plus qu’un duo pour moi. Mais dans le mot contact je mets avant tout  la notion de qualité. Je veux dire par là que c’est le travail qualitatif de deux danseurs qui va donner un 3eme type de danse.


On s’imagine qu’il faut beaucoup de force physique pour porter, mais en réalité c’est une expérience qui se base comme les arts martiaux sur des notions profondes d’énergie, afin d’utiliser les forces et les qualités de chacun pour créer une forme en toute efficience. Pour démontrer cette idée, J’aime bien faire une démo avec la plus petite et chétive des élèves présente dans le cours … !


Il y a une raison au fait que je travaille beaucoup en ateliers. Ils constituent des temps de recherche, d’investigation chorégraphique, ensemble.


Myriam. Il est important pour toi je crois, ce mot « ensemble »


Bastien. Oui, autant que le mot « efficience », c'est à dire : utiliser de façon optimale les moyens disponibles. Et ENSEMBLE effectivement, je sais qu’on va loin. C’est plutôt « proactif » ça, non ?


Myriam. Oui, tout à fait ! … rires. Et puisqu’on en parle, il me semble que le contact, en soi EST proactif.


Bastien. Complètement et infiniment. Mais pour situer le contact en danse, il faut préciser que ma technique de base est celle du moderne (formation jazz / classique / contemporain / hip hop ). Le contact vient enrichir cette base, et cela a bien évidement fait évoluer, transformé mon style. Cela dit une chose est claire : je ne veux pas d’un travail dissocié entre contact et technique moderne.


Mon style actuel est une résultante du mix des 2.


Mais le contact, c’est  une exploration sans fin. Avec mes partenaires, cette exploration est pour moi aussi une investigation sans cesse renouvelée. Il y a tant de possibles à explorer dans cette voie…


Myriam. Comment en es-tu venu à ce travail d’investigation à travers le contact ? 


Bastien. Le contact,  c’est venu de façon instinctive. Comme quoi, on porte bel et bien certaines choses en soi.


Cela dit il y a eu un tournant dans ce domaine. J'ai évoqué mon expérience avec la chorégraphe Pat'Obine et l'immersion au sein de sa compagnie CréaCorsica, pendant 2 ans ... avec pour finalité la création Neige Ecarlate. Cette expérience m'a nourri de façon très intense, très profonde. J'en ressens toujours les apports dans mon travail d'aujourd'hui.


Myriam. Au final, après des expériences dans l’un et l’autre domaine, est ce que tu préfères créer ou danser pour d’autres chorégraphes ?


Bastien. Je préfère créer. Partager mes propres créations avec les danseurs, un public. Partager ma vision de la danse.


Cela dit j’apprécie également être danseur interprète, c’est toujours enrichissant. Par contre, une chose indispensable pour moi en tant que danseur, c’est d’interpréter le message profond des chorégraphes.  


Myriam. Puisque tu parles de message, j’ai envie de partir sur le sujet de la « transmission ». Qu’est ce que c’est pour toi ? Et que souhaites-tu transmettre ?


Bastien. La transmission, elle se fait d’abord dans les cours et les ateliers : partager de l’expérience et de la technique.


Cela dit et malheureusement, nombreux sont ceux qui ne viendront jamais en cours !


Reste l’option de la transmission via la création. La scène, le public.


Il se produit là un réel échange.


Sur scène je transmets ma vision de la danse, de la vie aussi en un sens.


A travers ma dernière création, PurEmotion, je souhaite transmettre … des émotions.


Myriam. Parle nous un peu de cette création


Bastien. PurEmotion, c’est une création qui se scinde en plusieurs sous-créations, pour plus de possibles et dans une idée de composition diversifiée à partir de plusieurs pièces courtes.


Le volet technique y tient une belle place, via une mise en scène en images (projections), l’usage de panneaux mobiles réfléchissants qui offrent aux danseuses un réceptacle de leur propre image, également en mouvement.


Avec PurEmotion, je ne veux pas « saisir » le spectateur, l’accrocher de force. Je veux que le spectateur tombe réellement amoureux de cette création.


Myriam. Est ce que PurEmotion raconte une histoire ?


Bastien. Non. En fait je n’aime pas créer des pièces trop descriptives, et j’ai voulu avec la compagnie PurE ne pas être dans cette démarche qui consiste à définir les rôles des danseurs. Parce que finalement, ce côté didacticiel limite le scénario naissant !


Du coup, c’est difficile de mettre des mots sur cette création. Mais on peut en voir un extrait sur mon site www.bastien-nozeran.com


Myriam. Et bien … on n’imagine pas tous les éléments qu’implique le fait d’être chorégraphe !


Bastien. Il y a le volet humain, et puis la matière chorégraphique. Humainement, je recherche l’harmonie avant tout avec les danseuses, et elle s’est construite au fur et à mesure de ce qu’elles m’ont donné à voir, en création ou sur scène. Les deux vont de pair, finalement.


Concernant la matière chorégraphique, c’est un peu plus compliqué à expliquer, mais je vais essayer de poser des mots sur des notions abstraites.


Disons qu’en danse, pour créer du mouvement, il y a ces trois composantes :


l’espace, l’énergie et le temps.


  L’espace : scénique, intérieur, extérieur, en haut, en bas, les plans (plan frontal, sagittal, etc.)  Il y a l’espace aussi entre moi et les autres … bon comme tu vois, l’espace c’est en fait très vaste !


  L’énergie c’est tout ce qui va être qualitatif  par rapport à un mouvement : mouvement dense, léger, fluide, … ça c’est du qualitatif, de l’énergie.


  Le temps … c’est celui que prend un mouvement, mais pour nous c’est de façon plus simple la musique, même si le mouvement peut se faire en silence. Un mouvement saccadé par exemple, dans le temps il va s’arrêter et reprendre, s’arrêter et reprendre … mais d’un point de vue énergie il peut être « saccadé résonnant » (ce qui est très dur à faire par exemple). Donc il est possible à travers des expressions de combiner de l’énergie et du temps. Par exemple un mouvement fluide il va se développer dans l’espace, il pourra aller de gauche à droite, il va partir pourquoi pas du bras. Le bras c’est l’espace aussi, c’est une zone qui détermine une destination. Avec toutes les nuances que cette destination peut comporter …


Maintenant, envisageons ces mêmes éléments d’un point de vue pédagogique. Dans le cadre de mon enseignement je suis souvent confronté à la même réflexion de la part de mes élèves : « oui mais moi, tout ça je trouve pas ça LOGIQUE ! ». Ce à quoi j’aime répondre « Ok, mais essaie d’envisager le fait que ce n’est pas DANS TA LOGIQUE A TOI ACTUELLE ».


Parce que  au final,  j’enseigne ces exercices qui ne leur paraissent pas logiques …  Parfois je vais les titiller sur des réflexes physiques, par exemple je m’amuse à faire un exercice où je fais tomber à droite et je leur demande de soulever le pied droit pour aller le glisser sur la droite, alors qu’ils sont déjà à défaut sur ce pied là. Mais le fait de jouer comme ça sur cette notion, cette MOTION même (façon de se mouvoir) va permettre d’avoir un travail qualitatif, qui va devenir à un moment donné organique.


Et à ce stade (l’organique) cette démarche ne paraît toujours pas logique.


Dans la dernière étape, de l’organique on passe à l’instinctif. Et c’est à ce stade que l’improvisation prend tout son sens.  Dans l’improvisation en danse, tous les mouvements organiques deviennent de plus en plus instinctifs. 


Et une fois que tu es dans le mouvement organique-instinctif, et bien pour toi … tout ça devient LOGIQUE.


Il ne faut pas oublier que tout est mouvement, notre esprit également. Et une logique peut tout à fait s’apprivoiser, s’élever, se transformer.


Voilà le cheminement de ma démarche, dans une de ses composantes.


Myriam. Des composantes, est-ce qu'il y en a beaucoup pour « faire la danse » ?


Bastien. Je peux essayer de répondre à cette question en synthétisant certains éléments de base. Allons y !


Tout ce que je viens d’évoquer, on va dire que c’est du mouvement à son niveau premier.


Voilà donc ça c’est le mouvement à la base. Et quand tu es chorégraphe c’est ce niveau là que tu travailles d’abord. Travailler à un second niveau pour moi, c’est le contact.


Et là vient à mon sens la dénomination de « danse moderne ».


Avec le contact, 1+1 = 3. C’est à dire : 1 personne + 1 personne (2 types de motion) =  un 3eme élément, celui des chemins d’expression trouvés ensemble.  De là tu crées d’autres façons de te mouvoir, d’autres univers et d’autres capacités. C’est un travail qui peut être investigué à l’infini.


Du contact nait la création chorégraphique. C’est à dire : une mise en espace, les entrées, les sorties, ce que tu souhaites exprimer, les décors, comment tu rentres en contact avec ce décor.


Est ce que c’est simplement un décor qui te met en valeur ou est-ce qu'à un moment donné tu entres en interaction avec des éléments scéniques ... ?


Sur PurEmotion, comme je l’expliquais avant, l’usage de miroirs mobiles manipulés par les danseuses qui deviennent réceptacles de l’image, et de ce fait peuvent être aussi en contact avec l’image.


Tout ça pour que le public soit en immersion au maximum. Il ne l’est pas physiquement parce qu'encore aujourd’hui la technique ne nous permet pas d’exploiter ce genre d’idées.


Myriam. Et tu en as beaucoup, des idées comme celle là ?


Bastien. On peut tout imaginer ! Par exemple une scène qui serait mixée en 3D avec le public.


Il y a une scène que j’imagine depuis l’âge de 15 ans : une scène en plexiglass à presque 45 degrés, très légèrement inclinée. Avec le public dessous installé sur des fauteuils inclinés aussi, et qui verrait le spectacle par transparence et par en dessous.


Myriam. Ouahou ! Le Futuroscope de la Danse …


Bastien. Oui, il y a plein de choses à faire, après c’est toujours une question de moyens. Le spectacle vivant souvent doit se contenter de créer avec les moyens du bord. L’imagination travaille à fond et c’est ce qui en fait la magie aussi. Tout le charme est là, bien souvent …


Ces choses là je rêve de les faire dans mes derniers temps de chorégraphe.


Myriam. Je souhaite longue vie à tes projets chorégraphiques. Des idées pour ta prochaine création ?


Bastien. Passer du :  transmettre de l’émotion à  … transmettre des sensations. Avec une prochaine création : PureSensations.


 


Myriam. Vaste programme …

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